Publié par : fillesduroy1673 | 19 septembre 2011

Participation aux Fêtes de la Nouvelle-France 2011

La Société d’histoire des Filles du Roy (SHFR) a participé pour une deuxième année aux Fêtes de la Nouvelle-France en tenant un kiosque d’information pour mieux faire connaître ces femmes pionnières de la Nouvelle-France.

Une dizaine de femmes personnifiant des Filles du Roy du groupe de départ de 1663 ont rencontré pendant 5 jours des centaines de visiteuses et visiteurs québécois comme étrangers afin de les renseigner sur leurs Filles du Roy et leur descendance.

La SHFR remplit ainsi la mission principale qu’elle s’est donnée à l’effet de mieux faire connaître ces quelques 800 femmes courageuses qui ont quitté la France au 17e siècle (1663-1673) pour venir fonder des familles en Nouvelle-France et peupler le pays naissant.

Des questions pertinentes

Les échanges avec les personnes accueillies au kiosque sont très enrichissants ; elles leur permettent tout d’abord de vérifier si elles ont une Fille du Roy dans l’une ou l’autre branche de leur famille.

Par la suite, très souvent, une conversation s’engage sur l’histoire de leur famille ou sur leur généalogie méconnue ou qui reste à faire. Quelques-uns nous annoncent fièrement qu’ils connaissent le nom de la fille à la tête de leur famille ainsi que l’époux qu’elle a choisi. S’ensuit alors des conversations passionnées et passionnantes.

Les Filles du Roy du kiosque de la SHFR constatent que la population québécoise vit intensément le phénomène de la recherche de ses ancêtres qu’on retrouve particulièrement dans les associations de famille souche.

Vente du livret

La SHFR a lancé à l’occasion des Fêtes de la Nouvelle-France un livret qui fait la nomenclature des quelque 800 Filles du Roy qui ont immigré au Québec entre 1663 et 1673 et de leur époux. Un ouvrage fort demandé qui permet au lecteur de trouver la Fille du Roy de sa famille de deux façons : soit par le nom de la mère à l’origine de la famille des cotés paternels et maternels ou par le patronyme (nom du père) encore des cotés paternels et maternels. Donc quatre clés pour trouver sa fille du Roy.

Publié par : fillesduroy1673 | 31 juillet 2011

22, 36, 38 ou 68 Filles du Roy en 1663…

Précision 1 : Entendons-nous pour faire ce calcul: combien sont arrivées en 1663 ou combien se sont mariées en 1663. C’est une des clés pour répondre à la question sans compter qu’il faut toujours avoir à l’oeil que ces femmes ou ces filles venaient pour se marier d’où l’importance de savoir si elles sont célibataires ou veuves et non déjà mariées.

Précision 2: Il faut considérer les arrivées de vaisseaux : les femmes ou les filles qui se marient, par exemple, en janvier 1663 ne peuvent sûrement pas être arrivées en 1663. Il faut donc considérer que ces dernières ont dû arriver en 1662 ou avant. En effet, Marie Anne Saint-Denis  de Dieppe épouse Pierre Boucher le 4 avril 1663 mais elle est arrivée en 1660 avec ses parents Pierre Saint-Denis et sa mère Vivienne Brunelle, son frère Pierre et sa soeur Anne ; elle avait 14 ans en 1660; elle a donc 17 ans en 1663. D’ailleurs, Yves Landry ne la considère pas comme une Fille du Roy ni Silvio Dumas, ni Paul-André Leclerc.

Précision 3: Marcel Trudel dans son Catalogue des immigrants 1632-1662 attribue à chaque immigrant/e (hommes, femmes et enfants) l’année de son arrivée mais il ajoute aussitôt que c’est le terrain le plus instable et ce, pour plusieurs raisons entre autres, disons, que les listes de passagers n’ont pas valeur de Bible !

Selon Marcel Trudel, onze navires sont venus à l’été 1662 : 8 de La Rochelle et 3 de Normandie dont l’Aigle d’Or de 300 tonneaux de Nicolas Gargot de La Rochette dit Jambe-de-Bois. Plusieurs de ces femmes ou filles sont arrivées en 1662 et se marient en 1663 comme on l’a dit plus haut. Exemples : de La Rochelle, arrivée avec sa mère Catherine Vinette, Marie Boyer, la soeur d’Anne arrivée comme engagée en 1657 pour 3 ans, qui se marie le 30 janvier 1663 à Trois-Rivières avec Jean Bellet dit La Chaussée et qui était présente ici le 18 novembre 1662; Marie Madeleine Doucet, 21 ans arrive en 1662 et elle épouse Pierre Aigron dit Lamothe le 24 janvier 1663; Charlotte Fougerat de Notre-Dame de Cogne, 24 ans, épouse Pierre Pinel le 9 janvier 1663; Jeanne Chotard de St-Pierre d’Oléron, 26 ans, épouse Pierre Labrecque le 2 janvier 1663; et bien d’autres qu’on ne considère pas comme des Filles du Roy même si elles se marient en 1663.

D’autres se marient en avril 1663 Madeleine Marcos et Louis Martineau, Élizabeth Haguin/Aquin et Antoine Jolicoeur Courtemanche. D’autres, arrivées avant 1662-1663, se marient en 1663 : exemples: Jeanne Lorion arrivée en 1658 à 11 ans épouse Pierre Piron le 25 août 1663; Michelle-Thérèse Nau/Fossambault arrivée en 1661 à 18 ans épouse Joseph Giffard le 22 octobre 1663. Par contre, Paul-André Leclerc dans L’émigration féminine vers l’Amérique française aux XVIIe et XVIIIe siècles, inscrit les trois soeurs Vézinat en 1663 même si elles se marient deux d’entre elles en 1664 et l’une en 1671. Leclerc a sans doute des critères différents de ceux d’Yves Landry pour déterminer qui sont les Filles du Roy car, plus particulièrement pour 1663, les inscriptions ne concordent pas (qui plus est, Leclerc ne considère que les premiers mariages et ignorent celles qui ont convolé en 2e, en 3e et en 4e noces !)

Pour 1663, Silvio Dumas n’inscrit pas Françoise Brunet comme Fille du Roy; est-ce parce qu’elle est une veuve (de Martin Durand) ? est-ce parce qu’elle arrive avec ses deux filles  Jeanne et Françoise Durand ? Par contre, Dumas inscrit Olive Landry, veuve Pierre Poupault, Marguerite Manchon, Marie Mazoué, calviniste de La Rochelle qui apporte 150 Livres de dot et un don de 300 Livres de sa marraine, Jeanne Morineau du Poitou et Anne Vuideau que Landry ne répertorie pas sauf Vuideau. La Société d’histoire des Filles du Roy est très sensible à cette dichotomie et, dans la mesure du possible, elle ne se limite pas à la thèse d’Yves Landry même si elle lui semble plus rigoureuse; c’est pourquoi elle en a fait sa base de travail. Quant à la liste des 22 de Paul-André Leclerc, il inscrit, toujours pour 1663, en plus des trois soeurs Vézinat dont nous avons parlé plus haut, Marguerite Boileau, Jeanne Cerisier, Marie Chapacou, Françoise Chapelain, Suzanne Content, Louise Dubois, Louise Lecoustre, Jacquette Ledoux, Marie Letard, Anne Loiseau et Marie-Xainte Vivier qui ne sont pas retenues par Landry.

C’est donc avec circonspection qu’il faut dénombrer les arrivées des Filles du Roy et l’année de leur mariage. La SHFR fait circuler d’autres listes qui lui apparaissent encore plus importantes pour la Nation québécoise surtout la liste des lieux d’établissement des Filles du Roy. Ainsi, Neuville peut se prévaloir d’en avoir “établies” plus d’une quarantaine compte tenu du rôle social joué par Jean Bourdon et Anne Gasnier son épouse pour le recrutement d’icelles; Champlain, Chambly, Charlesbourg, Batiscan, L’Île d’Orléans, la Côte des Beaux Prés, Lachine, Laprairie, Pointe-Lévy et bien d’autres sans oublier, évidemment, Québec et Montréal. Ces divers lieux d’établissements devraient s’accaparer LEURS Filles du Roy et publier la vie d’icelles !

De plus, la SHFR aimerait susciter le développement des matronymes tout comme les patronymes base depuis toujours des lignées généalogiques. Aussi, invite-t-elle fortement tous les descendants/descendantes des Filles du Roy à instaurer des regroupements d’iceux…Qui augurera la première rencontre des descendants/descendantes de Louise Gargottin ? de Catherine Fièvre, de Marie Lafaye, de Louise Charrier, de Jacqueline Lauvergnat, de Catherine Paulo, de Jeanne et Marie Repoche, de Mathurine Thibault, etc, et ce ne sont que quelques-unes de 1663 et des 770 venues ici pour peupler la colonie !

irène belleau, juillet 2011

 

 

Publié par : fillesduroy1673 | 4 juillet 2011

La SHFR à la Maison St-Gabriel

Le 11 juin dernier, la Société d’histoire des Filles du Roy s’est réunie à Montréal, dans la célèbre et historique maison de Marguerite Bourgeoys qui a accueilli nombre de Filles du Roy.

Jacques Lacoursière, historien

Jacques Lacoursière, historien

La conférence de Jacques Lacoursière en avant-midi de même que celle de René Forget en après-midi ont été bien appréciées. En effet, l’époque des Filles du Roy en France et ici a plongé les participants et participantes dans l’atmosphère qu’on imagine à l’aide des propos du communicateur chevronné qu’est Monsieur Lacoursière. Les réflexions de ses interlocuteurs ont apporté une connotation un peu particulière. On n’aura jamais fini d’apprendre notre histoire ! Merci M. Lacoursière ! Monsieur Forget, quant à lui, nous a ravis encore une fois puisqu’il était du colloque de 2008 sur le même sujet pendant le 400e anniversaire de Québec. La saga d’Eugénie alias Jeanne Languille fera parler d’elle encore longtemps car le 7e tome est en préparation. Cette Fille du Roy bien spéciale, fruit de l’histoire et de l’imaginaire « réaliste » de son créateur, nous confronte à la sempiternelle image de ces femmes courageuses mais soumises, pieuses mais sans désirs d’émancipation. Eugénie n’est pas de cette race. Elle représente sans nul doute ce que plusieurs d’entre elles auraient rêvé d’être, de vivre ou de réaliser. Elle est hors normes pour son époque. Comme une lumière sous le boisseau qui, tout à coup, s’éclate et vibre de toute son âme. Elle nous emporte et on la suit comme une fusée interplanétaire avant le siècle des spoutnicks.

Madame Irène Belleau

De gauche à droite, Madame Irène Belleau, présidente de la SHFR, et Sœur Madeleine Juneau, directrice générale de la Maison Saint-Gabriel.

Deux autres moments forts de la journée étaient à l’horaire : la visite de la Maison Saint-Gabriel dont on « sent » les murs encore tout imprégnés du labeur d’ouvriers bâtisseurs du pays. Les guides nous transportent dans un

autre temps et notre mémoire se précise et s’ajuste. Que demander de plus qu’une leçon d’histoire vivante ? Enfin, il y eut plantation d’un orzier et dépôt de tous les noms des Filles du Roy arrivées en 1663 dans la terre pour que les racines continuent d’engendrer le pays.

2013 à l’horizon : le 350e de l’arrivée du premier contingent des quelque 800 femmes Mères de la nation.

René Forget

René Forget

Irène Belleau

Juin 2011

Publié par : fillesduroy1673 | 31 mai 2011

Les Filles du Roy à la Maison Saint-Gabriel

Fille du Roy à la Maison Saint-Gabriel

Filles du Roy dans les jardins de la Maison Saint-Gabriel

Une journée complète, samedi le 11 juin prochain, dédiée aux Filles du Roy à la Maison Saint-Gabriel de Montréal! Voilà une invitation faite à la population pour venir se renseigner sur ces femmes et la place importante qu’elles ont tenue dans notre histoire, et ce, dans leur maison puisque c’est dans ce lieu historique qu’elles ont vécu leurs premiers jours et leurs amours lors de leur arrivée en Nouvelle-France.

Jacques Lacoursière

C’est l’historien bien connu, Jacques Lacoursière qui présentera, en ouverture, la conférence principale rappelant le rôle essentiel qu’ont joué ces femmes pour la naissance de notre peuple, au point de les désigner comme les Mères de la Nation québécoise.

L’auteur à succès, René Forget qui a écrit une véritable fresque historique (six livres) à partir d’Eugénie, sa fille du Roy, animera en début d’après-midi un atelier intitulé De la réalité historique à la pensée créatrice.

La Société d’histoire des Filles du Roy (SHFR) qui a été fondée en août 2010 afin de faire connaître et reconnaître ces femmes présentera également un résumé de ses activités dont ce grand projet de commémoration en 2013 du premier départ des Filles du Roy qui a eu lieu à La Rochelle en 1663.

Les personnes qui participeront à cette journée hommage aux Filles du Roy auront accès à une visite guidée du musée – de l’exposition temporaire, du jardin de La Métairie et du jardin des Métayères.

La journée se terminera par un grand rassemblement et la plantation d’un arbre indigène. Les noms des Filles du Roy de 1663 seront mis en bouteille et déposés dans la terre en préparation à la commémoration de 2013. Elles y poursuivront leur enracinement…

Fille du Roy à la Maison Saint-Gabriel

Fille du Roy devant la Maison Saint-Gabriel

La Maison Saint-Gabriel marquera le passage de la SHFR par une inscription qui sera installée près de l’arbre. Cette journée est organisée conjointement par la SHFR et la Maison Saint-Gabriel. Le coût de l’activité est de 25 $ (dîner inclus) et les gens doivent s’inscrire par téléphone à la Maison Saint-Gabriel : 514 935-8136.

Pour informations :
Michel Belleau
SHFR
Téléphone : 418 573-5635

Les Filles du Roy

Des bords de Seine aux rives du Saint-Laurent

1663-1673

Par Maud Sirois-Belle

 

L’Amérique, une « affaire » d’hommes

Eh oui !la Terreest ronde, et bleue comme une orange, aimait à dire le poète Paul Eluard. Bleue des eaux qui baignent ses continents. Bleue comme les eaux « amères » de l’Ouest, au large desquelles, pensaient les navigateurs portugais et espagnols, se trouverait le pays de l’or, de la soie et des épices : le « Cathay » du célèbre marchand-voyageur vénitien Marco Polo.

L’Amérique fut d’abord affaire d’hommes. Navigateurs, explorateurs, cartographes, tous crurent être sur la route de la Chinepar la « Mer de l’Ouest ». Le royaume de France fut le dernier pays à entreprendre ce chemin de conquête. François Ier voulant sa part du « Nouveau Monde », l’explorateur florentin Giovanni da Verrazano lui offrit, en 1524, un continent de 3000 kilomètresde littoral avec de nombreuses baies et de puissants fleuves intérieurs, qu’il cartographia et nomma en 1529 « Nouvelle-France ». L’historien québécois Marcel Trudel note : « Jusqu’en 1760, ce toponyme s’appliquera à tout ce que la France revendique ou occupe en Amérique du Nord, de la baie d’Hudson au golfe du Mexique, du golfe Saint-Laurent à la « Mer de l’Ouest ».

De 1534 à 1542, c’est au tour du navigateur malouin Jacques Cartier d’ouvrir pour le même François Ier les portes de ce continent par le fleuve Saint-Laurent : le pays de « Canada », qui signifie « village » en iroquoien. La magnificence et les promesses des lieux décrits par Cartier firent rêver le souverain au point de l’inciter à y créer un établissement. Mais la mission confiée à Cartier et au sieurLa Rocquede Roberval en 1542-1543 se solda par un échec ; elle laissa même dans la mémoire française l’image négative d’une colonie « pénale». Six mois d’hiver mortifères, le scorbut assassin, des « sauvages » menaçants, des diamants et de l’or qui ne sont que poudre aux yeux. Il n’en fallait pas plus pour quela Francemît aux oubliettes ce Canada du bout du monde. Ce fut le point de départ des « contes à faire peur » et bientôt des « cancans égrillards» sur les « Filles de joie » dela Nouvelle-France, rapidement confondue avec les « îles d’Amérique », ces Antilles prisées par les émigrants en mal de soleil, de richesses et de moeurs faciles.

Durant de longues années, on ne vit plus, en ces lieux des « terres neuves » du nord de l’Amérique, que pêcheurs de morues et baleiniers ; Français, Anglais, Espagnols, Portugais et Basques se disputèrent les territoires de pêche. Puis vinrent les armateurs-négociants de l’Ouest dela France, très alléchés par la traite des fourrures. Ils furent nombreux à s’en disputer le monopole. Cela durera longtemps, et paralysera le développement d’une véritable colonie agraire et de peuplement.

Même après la fondation de Québec en 1608, Samuel de Champlain ne parut guère pressé de voir arriver des familles avec femmes et enfants. Pour lui il s’agissait de bouches coûteuses à nourrir qui, de plus, ralentiraient les travaux. Explorateurs, coureurs des bois, marchands de fourrures, soldats, interprètes, artisans et hommes de peine, défricheurs et bâtisseurs, quelques religieux, voilà la quasi totalité des 80 Français passés par ce poste de traite de 1608 à 1628. Pour ces hommes d’aventures et de labeur, les jeunes femmes algonquines et montagnaises dont la liberté sexuelle apparaissait comme une invite, suffirent à calmer leurs ardeurs. Les enfants nés de ces rencontres passagères restèrent avec leur mère au sein des familles amérindiennes. D’ailleurs, le rêve de Champlain de voir les garçons de France épouser les filles des tribus d’Amérique n’eut guère de suite, à quelques exceptions près (une dizaine d’unions tout au plus).

Famille pionnière : le « premier jardin »

La première femme française à venir vivre à Québec fut Marie Rollet. Elle partit de Paris en 1617 avec son mari apothicaire, Louis Hébert, et ses trois enfants. Première soignante, première enseignante, elle fut active sur tous les fronts, très présente auprès des enfants amérindiens. C’est aussi aux époux Hébert que la petite colonie dut le « premier jardin » qui aspirait à nourrir son monde. Voici comment l’évoque la romancière québécoise Anne Hébert, dans Le Premier Jardin:

« Est-ce donc si difficile de faire un jardin, en pleine forêt, et de l’entourer d’une palissade comme un trésor ? Le premier homme s’appelait Louis Hébert et la première femme, Marie Rollet. Ils ont semé le premier jardin avec des graines qui venaient de France. Ils ont dessiné le jardin d’après cette idée de jardin, ce souvenir de jardin, dans leur tête, et ça ressemblait à s’y méprendre à un jardin de France, jeté dans la forêt du Nouveau Monde. Des carottes, des salades, des poireaux, des choux bien alignés, en rangs serrés, tirés au cordeau, parmi la sauvagerie de la terre tout alentour. Quand le pommier, ramené d’Acadie par M. de Mons, et transplanté, a enfin donné ses fruits, c’est devenu le premier de tous les jardins du monde, avec Adam et Eve devant le pommier. Toute l’histoire du monde s’est mise à recommencer à cause d’un homme et d’une femme plantés en terre nouvelle. »

Famille pionnière s’il en est, elle fut la seule, avec quelques amis fidèles – une vingtaine de personnes – à rester sur place pendant l’occupation des Anglais Kirke, de 1629 à 1632. Gardienne en quelque sorte de ce monde en germe. Une femme était venue avec son homme et leurs enfants, et cela avait tout changé. Leur fille Anne était morte en donnant naissance au premier enfant né de Français mariés en terre d’Amérique en 1618. Elle y reposait ainsi que son enfant, bientôt rejoints par Louis Hébert, mort accidentellement en 1627. Guillemette la seconde fille, mariée à Guillaume Couillard en 1621 à Notre-Dame de Québec, avait déjà trois enfants nés près de cette « grande rivière qui marche », le Saint-Laurent. Une femme était venue, et sa fille avait fait pousser les premières racines d’une « Neuve France » ; Guillemette aura 10 enfants. On ne pouvait plus partir. Ecoutons encore Anne Hébert :

« Le ciel au-dessus de leur tête est transformé comme la terre sous leurs pieds. En haut, en bas, le monde n’est plus le même à cause de la distance qui est entre ce monde-ci et l’autre qui était le leur et qui ne sera plus jamais le leur. La vie ne sera plus jamais la même. Voici, dans la nuit, la vie nouvelle, avec son haleine rude, son air cru jamais respiré. Ils sont avec elle, pris en elle, comme des petits poissons dans une eau noire. »

Champlain, pour sa part, amena de France son épouse Hélène Boullé en 1620 ; mais elle regagna la mère-patrie en 1624 et ne revint jamais. Sur les 15 000 migrants envoyés dans la colonie au XVIIe siècle, 10 000 rentrèrent en France. Sur les 1800 femmes venues alors, dont près de 800 « Filles du Roy », peu sont reparties (une trentaine d’après le démographe-historien Yves Landry). Les filets qu’elles avaient jetés dans l’océan du temps ne leur permettaient pas de quitter un lieu désormais leur. Et puis, « un homme arrive en Nouvelle-France et signe un contrat d’engagé qui le lie pour trois ans à son employeur(…). Au bout de ce laps de temps, il est libre de sa destinée. Une fille, elle, signe un contrat de mariage, donc un contrat qui la lie pour la vie à son mari. »

Le Traité de Saint-Germain-en-Laye du 29 mars 1632 restituait Québec et Port-Royal (Acadie) àla France. Maisle poste de Québec avait été ravagé par les frères Kirke. La flotte dela Compagniedes Cent Associés et ses 400 colons en route vers Québec en 1628 avait été décimée par la marine britannique, les colons renvoyés en France.La Compagnieétait ruinée. Tout était à rebâtir. Décision fut prise en 1632 de confier le développement des lieux à des particuliers. On institua un régime seigneurial administré parla Compagniedela Nouvelle-France(hier, des Cent Associés). C’est au premier de ces seigneurs, apothicaire de sa condition, ayant déjà habité Québec au voisinage de Louis Hébert de 1622 à 1627, que l’on doit le véritable lancement d’une colonie de peuplement : Robert Giffard de Mortagne-au-Perche, en Normandie. En trois générations, les 280 hommes, femmes et enfants qui l’ont accompagné, puis rejoint de 1635 à 1670, ont jeté surla Côtede Beaupré, avant de gagner l’île d’Orléans etla Côtedu Sud, les bases d’un monde. Ils ont été les premiers venus, les premiers défricheurs, les premiers bâtisseurs, les premiers géniteurs. Arrivés en famille, ils avaient l’avance d’une ou deux générations.

De 1608 à 1662 s’établirent dans la vallée laurentienne, de Québec à Montréal, 158 femmes (dont 75 Percheronnes) venues avec mari et enfants.

Des femmes venues seules

Le principal flot d’immigration fut, dès 1647, composé d’hommes de 15 à 30 ans, célibataires, qui s’engageaient auprès d’un « maître » pour une période de trois ans. Ces « engagés », appelés les « trente-six mois », pouvaient rentrer en France à la fin de leur contrat. Ils pouvaient aussi demander la « concession » d’une terre, s’installer comme « habitants », « avoir feu et lieu » dans une seigneurie. Ayant atteint 25-30 ans, ils étaient alors autorisés et fortement encouragés à se marier.

Les seules épouses disponibles étaient les filles arrivées avec leur famille et celles nées au pays (qu’on maria fort jeunes, dès 12-14 ans, dans les deux premières générations). Cependant, d’après Gustave Lanctot qui étudia les migrations des femmes vers l’Amérique aux XVIIe et XVIIIe siècles, jusqu’en 1662 une soixantaine de filles, liées aux familles déjà établies, immigrèrent individuellement en Nouvelle-France. Elles rejoignaient un frère, une soeur, un oncle, des cousins. Elles voyageaient accompagnées par un voisin ou une connaissance. « A toutes celles-là, écrit Lanctot, s’applique le certificat de parfaite moralité que leur donne en 1654, le P. Le Mercier, déclarant qu’on admet que des « filles fort honnestes » et « point d’autre dans cette nouvelle peuplade. » A peine arrivées, elles étaient mariées dans leurs milieux apparentés.

De 1642 à 1662, poursuit Lanctot, « 159 épouseuses mettent pied à terre à Québec », par petits groupes, sous l’impulsion de la « Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France ». Cette société, émanation de la « Compagnie du Saint-Sacrement » de Paris, vint créer dans la haute vallée laurentienne une « terre de mission » : Ville-Marie dite plus tard Montréal. Les filles à marier furent recrutées par les fondateurs de la société en France, le sieur dela Dauversière dans les pays dela Loire, Jean-Jacques Olier à Paris dans sa paroisse de Saint-Sulpice, ou par ses représentants venus expressément de Nouvelle-France en quête d’immigrants : Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys.

Ces deux dernières jouèrent un rôle de premier plan comme accompagnatrices et formatrices des jeunes femmes sans attache familiale dans la colonie. Elles les chaperonnèrent de France en Nouvelle-France, les hébergèrent, les préparèrent à devenir des compagnes « accomplies » de pionniers. Elles furent témoins aux mariages et marraines à l’occasion. Les Ursulines reçurent également ces filles à marier dans leur maison de Québec. « Elles ne se marièrent pas l’année de leur débarquement. Elles se préparèrent une année durant, vraisemblablement sous la tutelle de soeur Bourgeois ou des Ursulines de Québec, aux devoirs de la vie conjugale. », note en 1940 à leur propos le père Archange Godbout. Leur recrutement, leur transport, leurs effets personnels et leur établissement à Ville-Marie furent pris en charge parla Société Notre-Dame.

En 1654, il y eut un contingent de dix filles, conduites par Mère Renée de la Nativitéde Quimper, qu’on pourrait appeler « Filles de la Reine ». Ecoutons le père Le Mercier narrer l’événement dans le Journal des Jésuites de 1654 : « La Reyne ayant de la tendresse pour la conversion des sauvages, et de l’affection pour l’establissement de la colonie françoise en ce nouveau monde, y envoya ce Printemps dernier (1654) quelque nombre de filles tirées de maisons d’honneur. » Anne d’Autriche, alors reine régente, avait déjà apporté son aide en 1643 à l’envoi de filles à marier en Guadeloupe. Ces pupilles royales venaient du Couvent des Filles de Saint-Joseph du Faubourg Saint-Germain à Paris ; peut-être s’agit-il là d’une des « maisons d’honneur » évoquées par le père Le Mercier ?

On qualifia donc « d’épouseuses » ces femmes de 15 à 25 ans, célibataires ou veuves, venues pour fonder une famille en Nouvelle-France avant 1663. Elles devaient fournir un certificat de moralité émis par le curé de leur paroisse. Richelieu avait décrété dès 1627 quela Nouvelle-Francene serait pas colonie pénale, ni terre d’asile de Huguenots, et que les colons recrutés devraient y être « sains » de corps et d’esprit… Les Jésuites veillèrent de tout temps au respect de ce « bon ordre ». Ce que ne manquèrent pas de faire aussi les Sulpiciens de Jean-Jacques Olier, futurs seigneurs de l’île de Montréal.

De 1608 à 1662, 228 femmes débarquèrent seules en Nouvelle-France et s’y marièrent.

Les « Amazones » de Dieu… fondatrices, accompagnatrices, initiatrices

On ne peut évoquer les femmes venues en terre d’Amérique, sans rappeler celles que le jésuite Paul Le Jeune qualifia d’« Amazones de Dieu ». « Fondatrices » de la première heure, elles sont d’autant plus importantes qu’elles mirent en place des établissements qui structurèrent la vie sociale et communautaire de ce monde naissant.

Madeleine dela Peltrieet Marie Guyart (de l’Incarnation) créèrent le couvent des Ursulines de Québec en 1639 ; elles y instruisirent des filles amérindiennes autant que des filles de pionniers. Avec elles arrivèrent les Hospitalières de Dieppe, sous la direction de Marie Guenet et de Marie Forestier. Ces religieuses soignantes assurèrent la mise sur pied de l’Hôtel-Dieu de Québec dès 1639.

Jeanne Mance participa très activement à la vie de la « Société Notre-Dame de Montréal ». Administratrice, recruteuse, amasseuse de fonds, elle a sa place auprès de Chomedey de Maisonneuve comme fondatrice de Ville-Marie en 1642. Elle prit en main la création de l’Hôtel-Dieu de Montréal en 1645 et s’y fit seconder à partir de 1659 par les Hospitalières dela Flèche. Quantà Marguerite Bourgeoys, venue s’occuper de l’éducation des enfants à Montréal, elle fut surtout « l’assistante sociale » de la population de cette « Ville-Marie » vacillante, meurtrie par les attaques iroquoises. En 1658, son école vit enfin le jour et, en 1671, fut fondéela Congrégationde Notre-Dame, première communauté « séculière » soustraite au réglement de la clôture au XVIIe siècle.

« La Nouvelle-France a donc représenté, pour certaines Françaises du 17e siècle, un lieu privilégié pour l’expression de l’autonomie et de l’initiative. Femmes de la noblesse ou de la bourgeoisie, religieuses ou laïques, ces femmes ont trouvé en Amérique un milieu neuf, sans traditions contraignantes et un cadre de vie qui sollicitait toutes les énergies disponibles. Aussi longtemps que la colonie s’est trouvée dans un état de sous-développement, les femmes ont donc bénéficié d’une relative indépendance. »

Premières venues avec les quelques centaines de femmes d’avant 1660, ces fondatrices ont vécu au contact des femmes amérindiennes. Elles ont appris d’elles l’art d’utiliser les plantes du pays (maïs, citrouille, melon d’eau, fève, topinambour, baies sauvages, écorces d’arbres, sans oublier le sirop d’érable) pour nourrir et soigner ; celui de créer des objets d’utilité quotidienne en bois (micouenne ou grande louche, écuelle creusée dans les loupes poussées sur les arbres, boîte en écorce) ; et celui de transformer fourrures et peaux en vêtements afin de se protéger des grands froids (manchons, pichous, mocassins, mitasses). «Des savoir-faire s’échangent, une acculturation réciproque, un métissage culturel s’opère en douceur, entre Amérindiennes et Françaises, puis entre Françaises. » Elles sont parvenues à vivre dans un grand esprit d’autonomie, en « maîtresses-femmes ». Toutes devinrent de véritables entrepreneuses, constructrices, gestionnaires, au même titre que les hommes qui les entouraient. Elles furent les premières à se dire « canadoises », à proclamer leur appartenance à cette patrie nouvelle. Leurs correspondances (Marie de l’Incarnation écrivit 13 000 lettres), journaux, relations, annales, témoignages de leur venue et de leur installation, en font les porte-paroles de celles qui ne purent ni ne surent se raconter. Mûries et aguerries par trente années de vie dans ce pays rude qui réclamait courage, résolution, générosité, elles furent les mères-initiatrices des Filles du Roy de 1663-1673.

Les Filles du Roy

Cependant, il y avait toujours deux fois plus d’hommes que de femmes dans la colonie en 1660. Les quelque 1235 « pionniers » établis dans les basses terres du Saint-Laurent craignaient de voir leur monde disparaître : n’étaient-ils pas trop peu nombreux, tenus en joug par les Iroquois, dans l’impossibilité de créer des familles ? Louis XIV et son ministre Colbert entendirent les appels de Pierre Boucher, gouverneur de Trois-Rivières, et de Mgr de Laval, évêque de Québec.

En 1663, la colonie laurentienne passa sous administration royale. Et de 1663 à 1673, on y envoya des femmes pour « aller faire des familles », comme dit Marguerite Bourgeoys. Le Roi prit en charge leur recrutement, leur habillement, leur déplacement en France et sur mer, leur établissement en Canada. Certaines reçurent une dot royale de50 livres(surtout celles choisies par les dames Bourdon et Estienne à l’Hôpital général de Paris en 1669, 1670 et 1671). Plus de 500 de ces 770 pupilles royales étaient orphelines et provenaient de Maisons de charité de Paris, Rouen etLa Rochelle. Pourtoutes ces raisons, Marguerite Bourgeoys les qualifia de « Filles du Roy » dans ses Mémoires.

On fit partir de La Rochelleen 1663, à destination de Québec, 225 Français pris en charge par la Couronne ; parmi eux, 36 femmes célibataires ou veuves. Ce fut le premier contingent de filles à marier sous Colbert. C’est ce dernier qui, de 1663 à 1673, mènera la danse des recrutements, déterminera le nombre de filles à « enrôler », désignera les lieux d’où on les « tirera », choisira les « recruteurs » et les « accompagnatrices », définira les critères de sélection de celles qui devaient aller mettre un monde au monde et fera vérifier l’état de leur fécondité. C’est également lui qui marquera la fin des envois de filles à marier au Canada après 1673. Au fait, « Filles du Roy » ou « Filles de Colbert » ?…

Le groupe de 1663 fut le seul recruté àLa Rochelleet le seul à quitter ce port. Pour éviter la venue des protestantes de l’Ouest, Colbert exigea que les contingents de filles à marier soient levés à Paris (327 de Paris et de l’Ile de France) et à Rouen (128 de Normandie), et que Dieppe soit leur port d’embarquement (80% des départs s’y firent, dont près d’une centaine de filles originaires du Nord et de l’Est). Treize protestantes, dont onze sans doute « bien converties » au Couvent dela ProvidencedeLa Rochelle, vinrent tout de même en Nouvelle-France en 1663 et 1666 (Catherine Fièvre, l’une de mes grands-mères fondatrices, arrivée en 1663, était d’une famille protestante de Niort). La filière habituelle des recrutements au port deLa Rochellefut néanmoins suivie par nombre de femmes : on en compte 102 en provenance du Poitou-Charentes.

En 1665, débarquèrent à Québec 1200 soldats du Régiment de Carignan-Salières enrôlés pour combattre les Iroquois ; arrivèrent également 90 filles à marier dont « cinquante viennent d’une maison de charité de Paris », lit-on dans le Journal des Jésuites. S’agirait-il déjà de la Salpêtrière ? La paix signée avec les Indiens en 1667, 400 soldats acceptèrent de s’établir au Canada. « Louis XIV (…) leur accorde des vivres pour un an et des gratifications dont le montant varie suivant le grade. L’intendant Talon voit à ce que des terres leur soient concédées. » Colbert fit rechercher en France, auprès de familles de petite noblesse ou de la bourgeoisie, des « demoiselles de qualité » destinées aux officiers restés sur place. Les « bonnes familles » casaient ainsi une fille d’une fratrie importante, une vieille fille qui n’avait pas trouvé mari en France, ou mettaient à l’abri de leur revers de fortune une fille sans dot. On pouvait aussi de cette façon éloigner une « scandaleuse » qui risquait de nuire aux siens (il en alla sans doute ainsi pour l’une de mes aïeules, Catherine de Baillon ). Une quarantaine de ces demoiselles rejoignirent Québec en 1667, puis en 1671. La plupart épousèrent des hommes de leur condition ; d’autres se retrouvèrent dans la masse des fournées de 1668-69-70-71, et leur sort fut moins heureux.

(Ce fut le cas de Marie Major, fille d’un receveur des impôts du Calvados, arrivée en 1668. Elle épousa Antoine Roy dit Desjardins, un tonnelier de Bourgogne, soldat du Régiment de Carignan pas très courageux, pas très doué en affaires et coureur de jupons ; il trouva le moyen de se faire occire par le mari de sa maîtresse. Marie Major finit sa vie dans la misère et la solitude, rejetée pour ne pas avoir su « retenir » son homme . Son fils unique, Pierre Roy dit Desjardins, lui donna 20 petits enfants, dont Françoise, qui épousa mon ancêtre François Sirois dit Duplessis.) 81 femmes quittèrent Paris et l’Ile de France en cette année 1668. Dela Salpêtrièreou de Saint-Sulpice ?

365 Filles du Roy émigrèrent au Canada de 1669 à 1671, dont une majorité recrutée àla Pitiéet àla Salpêtrière. Leursélection et leur encadrement furent confiés à Anne Gasnier dame Bourdon, riche et généreuse veuve de Québec, amie de Marie de l’Incarnation, et à Elisabeth Estienne, Parisienne privilégiée par Colbert. (Yves Landry, qui a procédé à l’analyse de l’ensemble de ces départs, donne encore 51 filles issues dela Pitiéet de Saint-Sulpice pour l’année 1673.)

Près de 327  Filles du Roy étaient originaires de Paris et de l’Ile de France, dont 46 de la paroisse Saint-Sulpice. Plus de 250 étaient issues de la Pitié et de la Salpêtrière. Les trois-quarts étaient orphelines et un grand nombre avait entre 14 et 20 ans.

Embarquement pour « l’Hiver »

Qu’entendons-nous dans la brume matinale flottant au-dessus de la rivièrela Bièvre ? Serions-nous comme par magie dans un tableau de Watteau que cette vallée parisienne inspira tant de fois ? Qu’est-ce donc que ces voix de jeunes filles qui éveillent les oiseaux au nid ?

« Veni, creator, Spiritus,

Mentes tuorum visita… »

(Viens en nous, Esprit créateur,

Visite les âmes des tiens…)

Il est à peine quatre heures du matin, et voilà qu’avancent des jeunes filles bien escortées dans la campagne le long dela Bièvre. Maisce sont les pensionnaires dela Maisonde Pitié, voisine du Jardin royal des simples ! Une autre brigade, descendue de Saint-Jacques vers les bords de Seine, les rejoint au droit du pont de Bièvre où attendent celles dela Salpêtrière. Toutesmontent dans un bateau plat en chantant encore et toujours le « Veni creator ». Elles descendentla Seinejusqu’au pont du Louvre où est amarré un grand « foncet » de Rouen. Encadrées par les archers de l’Hôpital et par ceux du Grand Prévost qui vont les accompagner jusqu’à Rouen, on les place dans le foncet sur des bottes de paille couvertes de toile, avec au milieu du bateau leurs hardes bien emballées ; d’un côté celles dela Pitié, de l’autre celles dela Salpêtrière. Lesadministrateurs sont là, de même que la directrice dela Salpêtrière, Mademoiselle de Mouchy, qui exhorte toutes les filles à se soumettre à l’autorité de la soeur officière. A dix heures du matin elles partent enfin…

Ces lignes sont inspirées par un court récit tenant sur un mince feuillet, découvert dans les archives de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris début 2010 (à ma connaissance, le seul témoignage émanant de l’Hôpital général qui relate un départ de ses pensionnaires vers le Canada.) « M. de Pajot et Grenapin ont fait récit de ce qui s’est passé hier à la sortie des filles de l’hopital que l’on envoie au Canada ». Signé par ces messieurs, le texte est daté du 26 avril 1670. S’y confirme que les Filles du Roy étaient issues autant dela Pitié que dela Salpêtrière, et que d’autres arrivaient du quartier Saint-Jacques, voisin de la paroisse Saint-Sulpice. Grâce à ce document, nous pouvons mettre en place les balises d’un chemin de mémoire qui de Paris nous mènera à Rouen, à Dieppe, puis àLa Rochelle. Chemin d’eau qui transportera ces jeunes femmes par-delà les mers, après de longs mois de traversée houleuse et périlleuse où certaines mourront (une soixantaine, évalue Yves Landry), jusqu’au grand fleuve appelé à être l’horizon de leur vie : le Saint-Laurent. 120 d’entre elles prendront racine dans l’Ile d’Orléans, « berceau de l’Amérique française », Cythère du Nord…

« Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve d’où elles sont sorties au dix-septième siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous », écrit Anne Hébert.

Anne Perro de Saint-Sulpice Paris, arrivée en 1669, mon aïeule Blais

Marie Major de Normandie, arrivée en 1668, mon aïeule Sirois

*Catherine Fièvre du Poitou (1663)

*Marie Lafaye de Saintonge (1663)

Louise Menacier de Bourgogne (1663)

*Marguerite Peuvrier de Paris (1663)

*Marguerite Abraham de Paris (1665)

Marguerite Leclerc de Tours (1665)

*Marie Magnier d’origine inconnue (1665)

Françoise Pilois de Paris (1665)

*Anne Rivet de Normandie (1665)

Marguerite Paquet du Poitou (1667)

*Marie Dallon de Saintonge (1668)

Martine Crosnier de Normandie  (1669)

Catherine de Baillon de l’Ile de France (1669)

Barbe d’Orange de Chartres (1669)

Jeanne Campion de Normandie (1670)

*Françoise Durand de Normandie (1670)

Marie Guillaume de Paris (1670)

Anne Lagou du Mans (1670)

*Anne Langlois de Saint-Sulpice/Meudon (1670)

Agnès Lefebvre de Paris (1670)

Françoise Michelle de Bourgogne (1670)

Jeanne Savonnet de Paris (1670)

*Madeleine Thibierge de Blois (1670)

Jeanne Chevalier de Normandie (1671)

Anne Roy de Paris (1671)

*Constance Lepage de Bourgogne (1673), et d’autres encore…

Ces 28 Filles du Roy apparaissent dans le chevelu des arbres de mon histoire familiale ; nombreuses sont présentes en tête de plusieurs branches. 11 d’entre elles (*) font partie des Filles du Roy établies à l’Ile d’Orléans entre 1663 et 1673 (comme mon aïeule  maternelle Anne Perro — Perrault— arrivée en 1669). 9 sont des filles de « l’envoi » de l’Hôpital général du 26 avril 1670.

« Ce n’est rien (…) de réciter un chapelet de noms de filles, de leur rendre hommage, de les saluer au passage, de les ramener sur le rivage, dans leurs cendres légères, de les faire s’incarner à nouveau (…) celles qui sont rentrées en France, trop effrayées pour vivre ici, parmi les sauvages, la forêt et le terrible hiver, celles qui ont eu dix ou quinze enfants (telle mon aïeule Anne Perro, morte en couches), celles qui les ont tous perdus à mesure, celle qui a réussi à en sauver un seul (…), celle qui a été rasée et battue de verges aux carrefours ordinaires de la ville pour crime d’adultère, (Anne Godeby arrivée en 1669, amante d’Antoine Roy dit Desjardins, l’époux de Marie Major, mon aïeule Sirois) et la petite Renée Chauvreux enterrée dans le cimetière, le cinq janvier 1670, venue de France par les derniers vaisseaux et trouvée morte dans les neiges… comment la réveiller… lui demander son secret de vie et de mort. »

(Anne Hébert)

Les Filles de l’Ile

Entassées dans la « Sainte-Barbe » pendant toute la traversée, non loin des vaches, des porcs et des chevaux, dans une promiscuité qui rappelait celle de l’Hôpital général, coupées de l’équipage et des autres centaines de passagers, très encadrées et surveillées par leurs accompagnatrices, nourries de biscuits de matelot, de pois, de morue séchée, de harang, de lard salé et d’eau douce vite croupie, ces jeunes demoiselles  se montraient parfois turbulentes et insoumises. (« Ayant esté nommée pour aller en Canada par ordre du Roy », dit Marie-Claude Chamois, à peine 14 ans lors de sa traversée en 1670). Il leur arrivait d’avoir des hauts-le-coeur face à leur sort de « volontaire-involontaire ». En dépit de l’espoir d’une autre vie et d’un rêve de liberté, les chahutait sans cesse la peur, la grande peur de l’inconnu.

La traversée de l’Atlantique s’éternisait deux ou trois longs mois. Sans oublier la remontée éblouissante, mais très difficile du Saint-Laurent qui pouvait prendre encore des semaines, car il fallait souvent rallier Québec en barque à partir de Tadoussac (180 kilomètresen aval). Elles avaient bien le temps de faire connaissance, de nouer des amitiés, de commencer à tisser la toile du monde futur. C’est aussi sur le bateau que débutait la francisation des unes par les autres. Les Parisiennes, plus nombreuses, maîtrisaient le français officiel et entraînaient les « patoisantes » dans leur sillage. Une fois débarquées, libres de choisir leurs époux, certaines furent « soeurs » dans ce choix, élirent des hommes vivant au voisinage les uns des autres. Pour la majorité de ces femmes sans lien familial, sur les navires se dessinait la carte de leur avenir social. Une fois à terre, s’imposerait à elles le nécessaire « enracinement ». Ecoutons cette voix qui les rappelle si bien, Anne Hébert :

« Ils sont tous là sur le rivage, en attente des bateaux venant de France. Gouverneur, intendant et gentilshommes endimanchés, empanachés, emplumés(…), malgré la chaleur et les maringouins. Quelques religieuses résistent au vent du mieux qu’elles le peuvent dans un grand remuement de voiles, de guimpes, de scapulaires, de cornettes et de barbettes. Des soldats fraîchement licenciés, rasés de frais selon les ordres reçus(…) écarquillent les yeux(…) en attente de la promesse, en marche vers eux sur le fleuve immense qui miroite dans le soleil.

En bas, en haut du cap, l’ébauche de la ville plantée dans la sauvagerie de la terre, tout contre le souffle de la forêt(…) pleine de rumeurs sourdes(…).

Cette fois-ci, il ne s’agit pas seulement de farine et de sucre, de lapins, de coqs et de poules(…) de pichets d’étain et de couteaux à manche de corne, de pièces de drap et d’étamine, d’outils et de coton à fromage, c’est une cargaison de filles à marier, aptes à la génération dont il est bel et bien question.

(…)Les voici qui se pressent sur le pont, les unes contre les autres, comme un bouquet qu’on a ficelé trop serré (…) La décence de leurs costumes a tout de suite été remarquée avec satisfaction par le Gouverneur et l’Intendant. Il s’agit de savoir, avant même d’avoir distingué leurs visages, si elles sont modestes et bien soignées de leur personne. Le reste de l’examen minutieux et précis se fera, en temps et lieu, petit à petit, à mesure qu’elles viendront vers nous avec leurs jeunes corps voués sans réserve à l’homme, au travail et à la maternité. »

Voilà toute tracée la vie de celles qui, plusieurs mois après avoir quitté les bords de Seine, mettent enfin pied à terre sur les rives du Saint-Laurent, dans le port de Québec. Comment les nommer toutes ? Leurs destinées semblent ne plus faire qu’une, entraînées  qu’elles sont dans le même sillon. Aussi, prenons la main que tend Anne Perro, ma première grand-mère Blais, mon aïeule Fille du Roy, et marchons dans ses pas.

Une fois ces dames installées dans les maisons qui les accueillent à Québec (chez Mme dela Peltrie, les Ursulines, Mme Bourdon, les Hospitalières), l’intendant précipite le mouvement. Il n’est pas question qu’elles se prélassent une année durant avant de trouver mari. Et les messieurs aussi doivent se présenter dans les quinze jours qui suivent l’arrivée des demoiselles pour trouver une fiancée, sinon plus de permis de chasse, de pêche et de traite avec les sauvages… Les rencontres avaient lieu en majorité à Québec, comme les mariages. On rédigeait un contrat devant notaire (certaines filles annuleront un premier et parfois un second contrat, avant de signer celui de l’heureux élu). On les mariait alors en grand nombre à l’église Notre-Dame de Québec, raconte Marie de l’Incarnation à son fils en octobre 1669 :

« Les vaisseaux ne sont pas plutôt arrivez que les jeunes hommes y vont chercher des femmes, et dans le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaines. Les plus avisez commencent à faire une habitation un an devant que de se marier, parceque ceux qui ont une habitation trouvent un meilleur parti ; c’est la première chose dont les filles s’informent, et elles font sagement, parceque ceux qui ne sont point établis souffrent beaucoup avant que d’être à leur aise. »

(Anne Perro a choisi d’épouser Pierre Blais, un engagé originaire du Poitou arrivé en 1664. Mgr de Laval, Seigneur de Beaupré et d’Orléans, avait octroyé à celui-ci une terre de 3 arpents de front sur 40 de profondeur en 1667 dans l’Ile d’Orléans. Pierre a donc « feu et lieu » dans la seigneurie d’Orléans.)

Cette île en forme de berceau, au coeur du fleuve face à Québec, dénommée « Ouindigo » (l’ensorcelée) par les Algonquins, « Bacchus » en 1535, puis « d’Orléans » en 1536 par Cartier, était à peine habitée lorsque débuta l’implantation des onze premières Filles du Roy en 1663. 56 étaient déjà installées lorsqu’arrivèrent celles de 1669. Le registre des mariages de la première paroisse de l’île, Sainte-Famille, s’ouvre avec les unions des Filles du Roy de 1669 ; d’avril à novembre on en compte 32, dont les 29 descendues du vaisseau le Saint-Jean-Baptiste fin juin-début juillet. Octobre fut le mois le plus riche en célébrations (1 ou 2 mariages tous les deux jours). (Le contrat de mariage d’Anne Perro et Pierre Blais a été signé le 23 septembre 1669 devant le notaire Duquet.) Quelle surprise, quelle émotion de découvrir la signature de mon aïeule au bas de ce papier officiel ! Ainsi savait-elle écrire : cette signature est un prolongement d’elle.

Comme dans beaucoup de contrats des pupilles royales y apparaît la signature d’Anne Gasnier, leur marraine en quelque sorte. La signature d’un autre témoin revêt une certaine importance au bas de cet acte, celle de Marguerite Provos (Prévost). Fille du Roy de 1669, elle épousa Martin Poisson, un voisin de Pierre Blais le 27 octobre. C’est lui qui sera nommé « subrogé tuteur » des enfants mineurs de Pierre, après le décès d’Anne Perro. Les liens tissés dans leur maison de vie en France, sur le bateau et dans l’île ont bien existé entre ces femmes désormais « canadoises ». Parmi les sept couples de voisins-amis réunis lors de la signature de l’acte de tutelle le 18 avril 1689, cinq comptaient des compagnes du « grand voyage » d’Anne Perro.

(Pierre Blais et Anne Perro se marièrent à Sainte-Famille le 12 octobre 1669. Anne Perro eut 10 enfants, dont sept vécurent. Pierre, Antoine, Jacques, Marie-Anne et Jean unirent leur vie à des  filles et fils de Filles du Roy et firent souche surla Côtedu Sud, en face de l’Ile d’Orléans. Anne Perro mourut le  29 juin 1688 en donnant naissance à Marguerite. Pierre Blais se remaria le 5 juin 1689 avec Elisabeth Royer, de  vingt-huit ans sa cadette ; elle était la fille de Marie Targer, Fille du Roy de 1663, protestante deLa Rochelle.)

De 1663 à 1673, 120 Filles du Roy vinrent vivre dans l’île d’Orléans ; vingt ans plus tard, on y comptait 189 familles (1149 habitants) réparties dans 5 paroisses ; ces « filles » constituaient les deux tiers des épouses. « La fertilité du sol attira très tôt l’attention des habitants et l’Ile d’Orléans fut l’un des premiers foyers de colonisation de la Nouvelle-France. » (Jean Poirier) « L’Ile d’Orléans est un lieu symbolique et mythique, le berceau d’un peuple tenace qui, depuis quatre siècles, marque l’Amérique du sceau de la civilisation française.» (Michel Lessard)

Si on dessine une carte de la vallée du Saint-Laurent en identifiant les 58 lieux d’implantation des Filles du Roy, de Québec à Montréal, sur la rive Sud et sur la rive Nord, on constate qu’elles étaient réparties tout au long du fleuve. Après leur mariage à Québec, elles suivaient leurs époux dans les paroisses existantes, dans quelques seigneuries privilégiées et dans les zones rurales qu’on voulait développer. Certaines, isolées au milieu de nulle part, se sentaient, de novembre à mai, prisonnières de leurs arpents de neige. Les maisons étaient très éloignées les unes des autres, enfermées dans une frondaison épaisse. Il n’y avait pas de route praticable, seulement le chemin de l’eau et en hiver, raquettes aux pieds, on devait franchir lacs et rivières gelés. « Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver » auraient-elles pu chanter bien avant le poète Gilles Vigneault.

« Il y eut mille jours et mille nuits, et c’était la forêt, encore mille jours et mille nuits, et c’était toujours la forêt, de grands pans de pins et de chênes dévalaient le cap, jusqu’au fleuve, et la montagne était derrière, basse et trapue, une des plus vieilles montagnes du globe, couverte d’arbres aussi. On n’en finissait pas d’accumuler les jours et les nuits dans la sauvagerie de la terre. »

(Anne Hébert)

Coffre d’espérance

L’immensité, la démesure d’un monde nordique, voilà ce que durent affronter ces femmes arrivées avec leur seul « coffre d’espérance ». Beaucoup de Filles du Roy déclarèrent dans leur contrat de mariage des biens (vêtements et cassette) estimés à 300 livres. On peut présumer qu’il s’agit des vêtements qu’elles portaient et de quelques autres offerts par leurs bienfaiteurs au moment du départ. Et la cassette remise à chacune contenait un petit trésor de vie : « une coiffe de taffetas, une coiffe de gaze, une ceinture, des cordons de souliers, 100 aiguilles, un étui et un dé, un peigne, du fil blanc et gris, une paire de bas, une paire de souliers, une paire de gants, une paire de ciseaux, deux couteaux, un millier d’épingles, un bonnet, 4 lacets de fil, des toiles pour faire des mouchoirs, cols, cornettes et manches plissées. » Ce coffre-trousseau fermant à clé apparaît dans de nombreux inventaires après décès des pionniers del’île d’Orléans (chez les Blais, il semble avoir été l’un des rares objets rescapés de l’incendie de la première maison du couple). Depuis cette époque, le coffre, amené par la mariée dans la maison de son époux, ne porte-t-il pas au Québec le nom prometteur de « coffre d’espérance » ?

(Anne Perro meurt en 1688, dix-neuf ans après son arrivée.) Comme toutes les pionnières, elle avait été le bras droit de son homme pour défricher leur terre en bois debout, à la seule force du corps. Elle dut l’aider à rebâtir la petite « cabane » couverte d’un toit de paille de4 mètressur 5, en troncs d’arbres à peine équarris posés les uns sur les autres : une seule pièce avec en pignon une cheminée qui sert à chauffer, à cuire les repas et à éclairer la maison. Le soir, on met sur le sol près de l’âtre la paillasse, le mauvais lit de plume et le petit traversin, quelques pauvres couvertes, et tout le monde  – parents et enfants – se serrent pour ne plus sentir le froid. On y dort, on s’y prend, on y met au monde et on y meurt. Une porte, une petite fenêtre fermée par un papier huilé, le tout si mal ajusté et calfeutré que la neige entre dans la maison poussée par les bourrasques de vent. Un seul meuble : une « méchante armoire ». Quelques ustensiles de cuisine. Plusieurs outils. Et dans le petit coffre, quelques misérables vêtements. (Ces informations, tirées de l’Inventaire après décès d’Anne Perro du 18 avril 1689, nous éclairent sur l’âpreté de son existence).

Cette âpreté fut celle de 90% des Filles du Roy qui épousèrent les habitants besogneux de la vallée laurentienne. La vie dans la maison était rudimentaire car l’important était de faire de la terre. Il fallait se nourrir : s’ajoutèrent par bonheur aux maigres récoltes des premiers jardins, gibiers et poissons. Le climat était glacial, mais sain ; les pionniers de ces années-là (1660-1680) furent peu touchés par les épidémies. Les femmes y mouraient en général plus âgées que dans l’ancienne patrie ; en revanche, la mort frappait souvent les nourrissons. Malgré une vie fruste et difficile, elles enfantèrent un monde. « Quand meurt en 1748 la dernière des pionnières (femmes arrivées et mariées avant 1680), le pays compte déjà 55 000 habitants répartis dans une centaine de paroisses. »

A la mort d’Anne Perro, les Blais avaient défriché et mis en valeur (labour et prairie) plus de (24 arpents) 8 hectares ; ils avaient 4 boeufs, 2 vaches, 1 veau de lait, 8 cochons à l’engraissement, des réserves de nourriture pour eux et pour les bêtes, et… deux fusils. Leur maison était évaluée à400 livres, sans compter un hangar et une étable. Ce n’était pas la richesse, mais ce n’était plus la misère. Tout était à eux. Et Pierre savait qu’il pourrait « établir » chacun de ses enfants. Là avait été la grande espérance d’Anne et de Pierre. Là a été l’espérance de toutes celles et de tous ceux qui prirent alors racine dans cette terre d’Amérique.

Ouvrages consultés/Pistes de lecture

Filles du Roi

- Silvio Dumas, Les Filles du roi en Nouvelle-France, Société historique du Québec, 1972.

-Gustave Lanctot, Filles de joie ou Filles du roi, Montréal, Editions Chantecler, 1952.

-Yves Landry, Les Filles du roi au XVIIe siècle, Montréal, Editions Leméac, 1992.

-Paul-André Leclerc, L’Emigration féminine vers l’Amérique française aux VIIe et XVIIIe siècles,

La Pocatière, Musée François Pilote, 2008.

-Raymond Ouimet et Nicole Mauger, Catherine de Baillon Enquête sur une fille du roi, Septentrion, 2001.

-Colloque sur les Filles du Roy, coffret DVD et CD, Société d’histoire des Filles du Roy, 2008 (disponible à la librairie Mots et Merveilles, 63 Boul. St-Marcel, Paris 13e)

Femmes

-Collectif Clio, L’Histoire des femmes au Québec, Montréal, Les Quinze éd., 1982.

-Chantal Théry, De plume et d’audace, Femmes de la Nouvelle-France, Triptyque/Cerf, 2006.

Nouvelle-France

-Collectif, Naissance d’une population, Les Français établis au Canada au XVIIe siècle, Institut national d’études démograhiques, Travaux et Documents, Cahier no 118, 1987.

-Alan Greer, Brève histoire des peuples de la Nouvelle-France, Montréal, Ed. Boréal, 1998.

-Gilles Havard, Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française, Paris, Ed. Flammarion, Champs, 2008.

-Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Tome 1, Québec, Ed. Septentrion, 1995.

-Marcel Trudel, Mythes et réalités dans l’histoire du Québec, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2006.

Ile d’Orléans

-Bernard Audet, Avoir feu et lieu dans l’île d’Orléans au XVIIe siècle, Presses Université Laval, 1990.

-Michel Lessard, L’île d’Orléans, Montréal, Ed. de l’Homme, 1998.

-Jean Poirier, Cahiers de géographie du Québec, vol 6 no 12.

Romans

-Anne Hébert, Le Premier Jardin, Ed. Boréal/Seuil, 1988. (peut être commandé àla Librairie du Québec)

-Sergine Desjardins, Marie Major, Ed. Guy Saint-Jean, 2006. (disponible àla Lib. du Québec)

-Suzanne Martel, Jeanne, fille du Roy, Fides jeunesse, 2009. (disponible àla Lib. du Québec)

-Bernard Clavel, Compagnons du Nouveau-Monde, Robert Laffont et Pocket, 1981.

 

Adresses utiles :

LIBRAIRIE DU QUEBEC, 30 rue Gay-Lussac, Paris 5e  Tél :01 43 54 49 02 www.librairieduquebec.fr

LIBRAIRIE MOTS ET MERVEILLES, 63 Boul. Saint-Marcel, Paris 13Tél : 01 47 07 25 21 www.info@motsetmerveilles.com

BIBLIOTHEQUE GASTON MIRON, 66 rue Pergolèse, 75116 Paris, Tél : 01 40 67 85 66 www.bgm-paris.banq.qc.ca

BIBLIOTHEQUE CENTRE CULTUREL CANADIEN, 5 rue de Constantine, Paris 7e www.canada-culture.org

SOCIETE D’HISTOIRE DES FILLES DU ROY, site web : www.lesfillesduroy-quebec.org

Publié par : fillesduroy1673 | 19 mars 2011

les Filles du Roy selon l’année de leur arrivée

Plusieurs chercheurs ont étudié cette question et leurs estimés varient beaucoup. À preuve : Benjamin Sulte en dénombre 713, Ivanhoë Caron 732, Silvio Dumas 774, Archange Godbout 792, Paul-André Leclerc 846, Gérard Malchelosse 857, Pierre J. O. Boucher 1200 et l’étude d’Yves Landry qui sert de base aux travaux de la SHFR, 770 dont 737 sont restées. D’où vient cette importante différence ? Plusieurs hypothèses peuvent être invoquées. Rappelons les critères sur lesquels Yves Landry (étude de 1992) a défini son instrument de recherche universitaire.

Critères de 1992: a) date et lieu de naissance, b) date et lieu de décès, c) date et lieu de mariage(s), lieux de résidences, e) lieux d’origine, f)l’aptitude à signer, g) profession du père, h) valeur des biens apportés, i) valeur de la dot royale (liée au contrat de mariage), j) apparentements. Tous les chercheurs n’ont pas suivi cette démarche. Point s’en faut. Par exemple, Paul-André Leclerc, dans son livre sur L’émigration féminine en Amérique, ne tient compte que du premier mariage alors que certaines (peu nombreuses, il est vrai) se sont mariées 4 fois. Puis, il faut bien dire que les premières recherches (comme celles de Boucher en 1938) n’avaient probablement pas accès à des archives aussi “sûres” que celles de Landry en 1992. D’ailleurs, encore fallait-il DÉFINIR ce qu’on entendait par FILLE du ROY ! En y ajoutant les preuves circonstancielles … Les recensements, à cet effet, ne sont pas tellement instructifs. Une combine des registres civils et des actes notariés confrontés aux dictionnaires Tanguay, Jeté, Drouin sont plus susceptibles de nous éclairer. Et aujourd’hui, le Fichier ORIGINE est des plus sécurisants.

Regardons d’abord le premier contingent de 1663 au nombre de 36 (selon Landry) dont 27 se sont établies à Québec et dans les environs, 4 se sont dirigées vers Trois-Rivières et 7 à Montréal. Une révision est peut-être encore possible puisque les recherches de cette immigration s’intensifient de plus en plus en vue du 35oe anniversaire de cette première arrivée prévue pour 2013. En effet, en 2013, la France et le Québec commémoreront le départ (pour la France) et l’arrivée (pour la Nouvelle-France) du premier contingent des Filles du Roy.

Filles du Roy de 1663 selon Yves Landry (qui se sont mariées)

Marie-Anne Agathe, Marie Albert, Marguerite Ardion, Catherine Barré, Françoise Brunet, Louise Charier, Catherine De Boisandré, Marie-Madeleine De Chevrainville, Suzanne Delicerace, Jeanne Dodier (mariée 3 fois), Hélène Dufiguier, Catherine Dupuis, Marie Faucon (mariée 2 fois), Catherine Fièvre, Louise Gargottin (mariée 2 fois), Anne Gendreau, Catherine Guillot, Anne Labbé, Marie Lafaye, Joachine Lafleur, Jacqueline Lauvergnat (mariée 2 fois), Anne Lemaître, Anne Lépine, Louise Menacier, Françoise Moisan (mariée 2 fois), Catherine Moitié (mariée 2 fois), Marguerite Moitié, Catherine Paulo, Françoise Moisan (mariée 2 fois), Marguerite Peuvrier (mariée 2 fois), Catherine Pillat (mariée 2 fois), Marthe Ragot, Jeanne et Marie Repoche, Marie Targer (mariée 2 fois), Mathurine Thibault et Marie Valade (mariée 2 fois). Sans compter un nombre de maraiges annulés…(cf. Les mariages annulés sur ce site).

Quatorze de celles de 1663  étaient originaires de La Rochelle, cinq de Paris, cinq du Poitou, deux de Normandie, les autres de Bretagne, de la Saintonge, de l’Anjou. Trois étaient veuves. Une était protestante. Neuf étaient apparentées. La moyenne d’âge à l’arrivée (en autant que la date de naissance était connue) était de 25 ans et l’âge de la mortalité, de 59 ans. Il sera intéressant de comparer ces données avec les années subséquentes et de vérifier, comme l’a fait Landry, avec les filles françaises de l’époque !

Les 47 patronymes de leurs époux, pour l’arrivée des 36 femmes de 1663, sont les suivants par ordre alpha: Alain, Allaire, Herman (Armand), Baillargé, Bareau, Barrette, Bilodeau, Bisson, Blanquet, Boucher, Boudier, Brisson, Brunet, Cadieux, Campeau, Charron, Charrier, Chauveau dit Lafleur, Émond, Fournier, Gaulin, Gauthier, Girard, Gobelin, Jacquereau, Jamin, Jocteau, Joliet, Lamy, Ledran, Leduc, Lizotte, Martin, Meneux dit Châteauneuf, Milot, Normandin, Perron, Perthuis, Poirier, Rabouin, Roy, Royer, Samson, Sureau, Tourneroche et Viger.

Si VOTRE patronyme ou VOTRE matronyme se retrouve sur la liste de 1663, vous êtes invité/es à entrer en contact avec nous par le site web www.lesfillesduroy-quebec.org et nous vous enverrons le projet de la commémoration de l’arrivée (et du départ) du premier contingent des Filles du Roy de 1663 vous permettant de participer (si cela vous intéresse…) à ce projet emballant, de concert avec la France. En effet, la France, en juin 2013, posera une plaque sur La Salpêtrière de Paris, nous recevra ensuite à Rouen puis à La Rochelle et ensuite, c’est pendant les Fêtes de la Nouvelle-France en août 2013 que le Québec commémorera l’arrivée en Nouvelle-France et l’accueil que le Conseil Souverain, l’évêque, les religieuses, les habitants, les soldats, etc, leur ont réservé selon les bribes  que l’histoire nous  a laissées…

La SHFR est, par conséquent, et pour 2013,  à la recherche de 36 femmes québécoises qui, autant que possible, sont des descendantes des 36 “originales”, connaissant très bien l’histoire de chacune de ces filles françaises pour les représenter autant en France qu’ici… ce qui implique le voyage en France. C’est un projet susceptible de faire rêver… mais surtout de FAIRE CONNAÎTRE ces femmes, mères de la nation québécoise, trop longtemps tenues dans l’ombre…

Pour s’assurer qu’on connaît bien qui elles furent (âge à l’arrivée, lieu d’origine, conjoint(s) et familles d’ici, lieux d’établissement précis, etc) et ce que l’histoire nous a laissé comme les contrats, leur présence à la Prévôté de Québec, leur présence à l’occasion de baptêmes, de mariages et de sépultures de d’autres personnes (exemples: événements des autres filles du roy établies dans le même milieu, etc), les terres qu’elles ont contribué à défricher et, pour certaines, les procès qu’on leur intenta… Finalement, la question inévitable de l’ HÉRITAGE qu’elles ont laissé à leur descendance. C’est ce qui explique la mise sur pied d’une équipe de rédactrices-chercheures pour établir les 36 biographies de ces femmes pour le projet de 2013.

La Société d’histoire des Filles du Roy prépare cet événement avec la Commission franco-québécoise des lieux de mémoire communs (CFQLMC) partie française et partie québécoise en collaboration avec plusieurs organismes québécois. Le projet vous intéresse ??? Impliquez-vous. Consultez 1- le dépliant de la SHFR pour en connaître les objectifs et devenir membre, 2- le dépliant de la commémoration de 2013.

La SHFR espère aussi que les Familles-Souches (même celles qui ne sont pas membres de la Fédération des Familles-Souches) contribueront par leur dynamisme et leurs activités à mettre en valeur CELLES des FILLES DU ROY qui sont inscrites dans leurs lignées… C’est à chercher… il existe des lignées patronymiques où l’on retrouve jusqu’à 94 Filles du Roy…les  IDENTIFIER est un premier objectif, les CONNAÎTRE et les FAIRE CONNAÎTRE, un deuxième objectif pour pouvoir, finalement et collectivement, leur DONNER dans l’HISTOIRE leur VRAIE PLACE !

La SHFR remercie tous ceux et celles qui contribueront à ces éléments de premier ordre y compris les fêtes de 2013, en France et au Québec.

irène belleau

irène belleau

à suivre : contingent de 1664.

Publié par : fillesduroy1673 | 9 février 2011

Marguerite Viard, Fille du Roy devenue cleptomane

de Marcel Myre, Nouvelle-France, 1652-1715, Les Éditions GIQ, 2010.

L’histoire de Marguerite Viard a fasciné l’un de ses descendants et le récit qu’il en fait, bien documenté, ne pourra qu’en fasciner des milliers de lecteurs. Arrivée à Québec, en 1671, sur le St-Jean-Baptiste, elle se refusera d’abord à deux prétendants puis  épousera  Mathurin Besnard, puis Jean Inard et un 3e  Joseph Serran. Le premier mourra et la laissera seule, mère de 3 enfants, enceinte d’un 4e, à Chambly. À 30 ans, Jean Inard dit Le Provençal, 49 ans, maître maçon, la marie, ils habitent St-Lambert. Deux ans. Elle redevient veuve. Elle commence à voler. De petits vols. Pas tellement par nécessité. Par instinct, dirions-nous. Comme un besoin. Peut-être de l’atavisme ? On ne sait pas. Puis, à Lachine, c’est Joseph Serran dit Lespagnol qui la sollicite ; elle a 4 enfants. Les vols que Marguerite effectue chez les voisins la rendent suspecte. Assez pour qu’ils décident de quitter St-Lambert. Les Jésuites y sont pour quelque chose… Voler sans repentir.. et recommencer…. quel vilain défaut ! Ils déménagent non loin mais la réputation de Marguerite les a précédés ! Qu’est-ce qu’elle vole ? Voyez : une marmite, du tabac, des chemises, une faux, une nappe, une paire de bas, etc. Elle  cache même ce qu’elle vole dans le bois. On retrouve les objets. On l’emprisonne. Son mari pense la corriger et la maltraite. Rien n’y fait. Les chicanes de voisins enveniment la situation. Vaut mieux partir ! Et ainsi de suite.

La cleptomanie est une impulsion, signale l’auteur, comme un besoin impulsif irrépressible. Ce n’est pas être voleur. Entre les 2, c’est comme un un boulimique et un fin gourmet. Perdre son mari, s’adapter à un nouveau pays, la peur du lendemain, des “sauvages”, le rejet des voisins, etc, sont des situations qui peuvent développer un certain “mal de vivre” qui pousse à des actes plus ou moins réfléchis ! Voilà c’est Marguerite. Toutefois, elle se corrigera ! Elle aura rempli son devoir de développer la colonie : 10 enfants. Que Dieu la bénisse ! dirions-nous.

La recherche de ce que furent, ici, les quelque 800 Filles du Roy nous permet de les connaître. On les a si longtemps laissées dans l’ombre ! Que viennent d’autres publications comme celle de M. Myre… c’est tellement bien écrit, bien documenté, bien structuré… peu importe la cleptomanie !

irène belleau

Publié par : fillesduroy1673 | 9 février 2011

Marie Carduner, Fille du Roy et Voyage en terre inconnue

Deux récits de Nicole Macé publiés à l’Hexagone en 1997 et 1999, Coll. Fictions (traduit du norvégien) dont la trame épouse h’istoire de Marie, orpheline de père et de mère, recueillie par tante Marguerite, la soeur de son père imprimeur de renom Pierre-Étienne Carduner, Maître imprimeur par privilège royal qui a publié Les Essais de Montaigne livre-fétiche qui accompagne la Fille du Roy tout au long de sa vie et lui permet de garder toujours vivante la mémoire de son père et son rêve de lui succéder. Malheureusement, un incendie détruit l’atelier d’imprimerie. Mais l’odeur  du papier tout frais imprimé la hantera longtemps. La vie à St-Malo, puis dans un château,breton, fait de Marie et Catherine, de futures aristocrates “manquées”. Du couvent des Clarisses, de Rouen à Dieppe, Marie martira sur la frégate royale Normandie  en 1665. Sa soeur Catherine sera religieuse chez les Ursulines de Québec.

En Nouvelle-France, Marie est “adoptée” par les Lamarre. On lui fait un enfant; elle le perd. Son ami part pour Michillimakinack. Il ne donne pas de nouvelles. En épousera-t-elle un autre ??? Celui des Pays d’En-Haut est-il mort ? Comment le savoir ? Réponse : en allant, elle-même à Ste-Marie des Hurons vérifier son appréhension. Il n’est pas mort mais un accident lui a enlevé la mémoire et la parole.

Les missionnaires, les visées de l’apostolat,  Claude Dablon, Mère Marie de L’Incarnation, les coureurs des bois, tout le récit campe bien les personnages et la vivacité de l’écriture nous plongent vraiment dans l’époque. Un livre du Nouveau-Monde.

irène belleau

Publié par : fillesduroy1673 | 12 janvier 2011

MARTINE JUILLET, Fille du Roy

Le bois, c’est la place la plus sûre, la plus fiable au monde. La nature ne vous trompe jamais et les animaux ne mentent pas comme les hommes. Le bois, c’est comme une sorte de château sans fin où l’on n’a qu’à se pencher pour trouver tout ce qu’on veut. Je me sens plus heureux, seul au milieu de la forêt, qu’en compagnie de cent soldats sur les hauteurs de la citadelle.”  C’est le petit-fils de Martine Juillet qui tente de convaincre sa grand-mère vieillissante que la vie du coureur des bois ne s’alimente pas aux massacres et aux scalps que font les Iroquois à Ville-Marie, à Lachine et ailleurs comme aux pays d’en-haut. Il faut dire que la grand-mère Martine s’est fait ravir par eux son mari Nicolas et son fils Paul qu’elle chérissait plus que ses 9 autres enfants. Elle ne voudrait pas, pour tout l’or au monde, que son petit-fils subisse le même sort.

Martine Juillet protégée de Marguerite Bourgeoys tarde à prendre mari. Le quel prendre ? Laurent Ferron que Monsieur le gouverneur lui réserve (!) et qui la laisse froide  ou le Nicolas Guillemin le soldat et l’explorateur pour lequel son coeur vibre. Hasard ? Le premier meurt mais lui laisse 2000 Livres testamentés ! Elle épousera le second qui ruminera longtemps le fait que sa femme devient riche grâce à son rival ! L’orgueil du mari en prend pour son rhume ! Sauf que Martine évitera de “pavoiser” car elle appréhende que cet héritage inattendu ne lui parviendra pas de sitôt. En effet, des procédures judiciaires ne lui permettront pas de faire des heureux avec cette somme que lorsque, de France, viendra le tabellion Jean-Baptiste Perrin avec les rouleaux d’or des 200 Livres et les 400 Livres d’intérêt. Elle a 69 ans et approche de la mort !

Ce récit nous met en face d’un sentiment profond, encore aujourd’hui, que les sauvages (!) devraient être éliminés de cette terre… Nicolas ayant été kidnappé par eux, tué raide par un coup de tomawak et scalpé, a, toute sa vie, été habité par des rancoeurs que Martine n’arrivait pas à dominer.  Une haine mortelle lui dévorait le coeur. Qui plus est, leur fils veut épouser une huronne, Marie des Bois, Manaouita. Nicolas lui fermera la porte de sa maison. Il reviendra à de meilleurs sentiments lorsque la soeur Bourgeoys lui prêchera le ciel…ce qui n’empêchera pas Martine de mettre au monde un enfant “noir comme un Iroquois” !

L’auteur Pierre Benoît nous prévient qu’il ne s’agit pas d’une histoire familiale car son ancêtre Paul Benoît n’a “laissé que quelques dates marquantes”. Le récit est imaginaire, dit-il, mais le cadre authentique des débuts de Montréal qu’il a voulu recréer. À lire.

irène belleau

2011.

Publié par : fillesduroy1673 | 26 décembre 2010

Jeanne Languille alias Eugénie

Jeanne Languille alias Eugénie

L’auteur, René Forget, transplante Jeanne Languille d’Artannes-sur-Indre, dans la vallée de la Loire, en Touraine, en Nouvelle-France, sous le nom d’Eugénie comme une fille à marier, une Fille du Roy, arrivée en 1671, à 24 ans. L’auteur a-t-il lu Honoré de Balzac, natif de Tours, et son oeuvre notamment son roman Le Lys dans la vallée ?

La fresque créée par René Forget serait à mettre en parallèle avec la Comédie humaine; Jeanne Languille alias Eugénie n’est pas Eugénie Grandet. Au contraire, elle s’en distance confortablement. Son amour n’est pas platonique ; il est fort comme son caractère de femme bien décidée de réussir selon ses propres visées, fussent-elles aller à l’encontre de son époque.

Eugénie sera une figure de proue en Nouvelle-France, plus particulièrement à Bourg-Royal, l’actuel Charlesbourg unique en son genre par sa distribution des terres en étoiles. Elle épousera François Allard, un “engagé” de 36 mois, de Normandie, qui s’implantera, ici, colon et habitant, bien sûr, mais qui se distinguera par son talent d’ébéniste-sculpteur alors que c’est la terre à défricher qui sollicite tout un chacun à cette époque. Eugénie la tourangelle est venue pour peupler la colonie. Elle engendrera 6 enfants en 17 ans de mariage. Son premier sera, comme son père, ébéniste ; son deuxième sera prêtre et elle le voudra “évêque”, rien de moins ; les 3 autres, Jean-Baptiste, Georges et Simon-Thomas seront tous 3 liés aux 3 soeurs Pageau de Charlesbourg ; enfin, Marie-Renée, la Marie-Chaton de sa mère et la Cassandre de Versailles.

Hors normes, Marie-Renée décide que la Nouvelle-France n’est pas à sa mesure. Elle la quitte pour le pays d’origine de son père et de sa mère, la France. Elle sera femme de théâtre. Qui plus est, à Versailles. Et elle fera fureur ! La volonté coriace d’Eugénie est dédoublée. Sa fille n’a que faire des hymnes religieux que chantonne sa mère. Et par la magie de l’imagination et de la création, Marie-Chaton choisit Ronsard et prend comme nom de scène Cassandre. Son talent musical, son charme ont séduit le Palais des rois de France. Puis, le mal du pays d’adoption la ramène auprès de sa mère.

Pendant tout ce temps, Thierry Labarre, compagnon de traversée de François Allard, épouse Mathilde de Fonteny Envoivre, compagne de traversée d’Eugénie. François Banhiac Lamontagne, soldat du Régiment de Carignan-Salières, aussi de la traversée de François Allard, épouse Marie-Madeleine Doyon puis Marguerite Pelletier laquelle lui donne 6 filles dont Étiennette qui deviendra la grande  amie de Cassandre. Étiennette Lamontagne épousera Pierre Latour dit Laforge de l’Île-Dupas, forgeron, tout en gardant profondément dans sa tête et dans son coeur son amoureux de jadis qui la néglige. Tout ce beau monde illumine cette fresque historique : Thierry a une liaison avec une iroquoise, fille du chef mohawk Bâtard Flamand qui lui donne Ange-Aimé Flamand ; Germain Langlois, voisin des Allard, partage les hauts et les bas du régime colonial et religieux; et nombre d’autres comme le belge Gerlaise de St-Amant, la huronne Ouaka qui se fait religieuse ursuline; Jean Boudreau, Anne Ollery, Fille du Roy de la traversée de 1669 et son mari Thomas Frérot ; Alexandre Berthier, et le charmant Manuel Estèbe qui deviendra l’époux d’Eugénie après la mort de François Allard.

Pour qui adore les reconstitutions, il y a matière à vibrer. On admire les personnages, on les envie parfois dans leur originalité, on savoure la trame des dialogues; on travestit lespensées à travers les lignes, on retient son souffle quand l’amoureux de Cassandre ne lui donne pas signe de vie et qu’elle se meurt de le revoir; on voudrait faire comprendre à Eugénie qu’elle y va “un peu fort” dans sa manie de gérer tout le monde, enfin, on est tenu en haleine tout au long des 6 tomes de cet épisode de la Nouvelle-France.

La vie de certaines Filles du Roy a de quoi nous ouvrir des horizons autres que ceux du Baron de LaHontan !. Merci, MOnsieur Forget.

irène belleau

décembre 2010

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